Tendances et levées de fonds dans l’Agritech et la Foodtech en 2024

Quelles sont les tendances dans le domaine de l’ Agritech et de la Foodtech ? Une étude de KPMG et de la Ferme digitale parue en février 2025 (1) permet de mettre en lumière la dynamique d’investissement dans les sociétés innovantes de ce secteur et les grandes tendances. Voici en synthèse les enseignements à retenir.

Par Brice Michel |17 avril 2025

Qu’est-ce que le secteur de l’ Agrifoodtech ?

L’ Agrifoodtech est un écosystème assez large. Il regroupe toutes les sociétés innovantes opérant dans les domaines de : l’agriculture, l’élevage, la viticulture, la pêche, les produits biosourcés, la valorisation des déchets organiques, les bioénergies, les biotechnologies, et l’agroalimentaire.

Il inclut l’Agritech, la Foodtech et la Foodscience.

L’Agritech désigne les start-ups intervenant sur des opérations destinées à l’agriculture et l’élevage.

La Foodscience concerne les startups utilisant les biotechnologies (agriculture cellulaire, fermentation…) ou créant des produits alimentaires alternatifs (produits transformés à base d’insectes ou de végétaux, revalorisation de restes de transformations alimentaires…).

La Foodtech regroupe les start-ups intervenant dans la transformation alimentaire, hors Foodscience (digitalisation des opérations, marketplace, approvisionnement etc.. 😉

Un montant des levées de fonds en baisse

Globalement, les startups françaises (tous domaines confondus) ont levé 7 milliards d’euros en 2024. La tendance générale des investissements dans la FrenchTech est à la baisse, les investissements ayant diminué de 17% en 2024.

En 2024, de son côté, l’écosystème Agrifoodtech français a levé 315 millions d’euros avec 38 levées de fonds, contre 494 millions d’euros en 2023. Au total, les levées de fonds Agrifoodtech représentent donc 4,5% de l’ensemble des levées de fonds en France. La baisse est donc plus marquée dans ce secteur avec une baisse de 36% en valeur.

Les startups sont impactées différemment selon leur taille et leur ancienneté 

En 2024, la taille moyenne d’une opération s’établit à 8,3 M€, un niveau quasi stable par rapport à 2023 (8,7 M€).

⤵️La baisse des financements touche particulièrement les start-ups de moins de cinq ans : leur volume d’investissements a chuté de 53%.

⤵️En 2024, les 23 levées inférieures à 5 M€ ne représentent que 16% de la valeur totale investie, marquant un recul de 43% en valeur par rapport à 2023.

levee de fonds agritech et foodtech

⤵️ Un autre élément marquant de cette contraction est l’absence de levées supérieures à 50 millions d’euros, illustrant un resserrement des financements du secteur Agritech et Foodtech.

⤴️Les montants de la tranche de 10 à 50 M€ progressent de 40% et concentrent 70% du total des fonds levés en 2024 en Agritech et Foodtech

👉 cette progression de la tranche de 10 à 50 M€, avec la présence de start-ups attractives proposant des business models pertinents et des solutions qu’on peut mener à l’échelle, témoigne donc quand même du potentiel du secteur Agritech et Foodtech.

En résumé, dans l’ Agrifoodtech en 2024, les financements se font plus rares, avec une contraction des investissements de capital- risque touchant particulièrement les start-ups de moins de cinq ans, et les levées majeures qui ont disparu ces 12 derniers mois. Au final, l’écosystème tend donc à être plus sélectif et à se recentrer sur des opérations plus structurantes ou des entreprises plus matures.

Comment les investissements évoluent en termes de secteurs d’activité ?

En 2024, au sein de l’écosystème #Agritech et #Foodtech les start-ups de l’Agritech continuent d’attirer la majeure partie des investissements :

🟢 Startups Agritech : 180 M€ (soit 57 % du total)

🟠 Startups Foodscience : 71 M€

🟡 Startups Foodtech : 63 M€.

Après une croissance continue depuis 2019, la Foodscience affiche donc désormais une baisse de 50% des montants levés en 2024. En revanche, la Foodtech reste quasi stable.

Les segments ayant attiré le plus de capitaux sont :

✅ les intrants alternatifs (classés 2e en 2023),

✅ la nutrition alternative (1re catégorie en 2022 et 2023)

✅ la transformation alimentaire.

📈Les investissements en biosolutions connaissent une hausse importante, ils atteignant 94 M€ alors que les fonds levés pour les biosolutions s’élevaient à 37 millions d’euros en 2022 et 26 millions d’euros en 2023. En 2024, les biosolutions représentent ainsi 30% du total des investissements, contre seulement 5% en 2022 et 2023. Plusieurs acteurs spécialisés dans les biosolutions et les intrants alternatifs émergent dans cette tranche : Elicit Plant, Micropep Technologies, Starfish Bioscience, Alpha Chitin et Kapsera.

📈 Un rebond des investissements s’observe dans la robotique et l’automatisation, porté par les levées de fonds de start-ups telles que Viti-Tunnel, UV Boosting et Seederal.

📉 En revanche, après un pic en 2022 et 2023, les investissements en nutrition et protéines alternatives reculent, pour atterrir à 87 M€. Cela s’est illustré par les difficultés actuelles d’Ÿnsect.

La répartition géographique des levées de fonds Agritech et Foodtech

1️⃣ En 2024, 13 levées de fonds ont été réalisées en Ile-de-France dans l’ Agritech et la Foodtech, totalisant 131 M€, soit 42% des investissements nationaux.

Derrière l’Ile-de-France, viennent la Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie :

2️⃣ La Nouvelle- Aquitaine a enregistré 7 levées pour un montant total de 59 M€, soit respectivement 19% des investissement au national.

3️⃣ L’Occitanie suit avec 2 levées atteignant 41 M€, soit 13% des investissement au national.

Un mouvement de consolidation des acteurs

On observe que certains segments commençant à être saturés, certaines start-ups avec un business model solide cherchent à renforcer leur position en réalisant des opérations de croissance externe.

Après une levée de fonds de 60 M€ en 2022, Agryco, leader des marketplaces B2B pour les agriculteurs, a par exemple finalisé en octobre 2023, le rachat de Harvesto, et Farmitoo.

Weenat a annoncé en décembre 2024 l’acquisition de CoRHIZE pour renforcer sa position de leader du pilotage de l’irrigation agricole en France et en Europe.

Le groupe Isagri, éditeur majeur de logiciels destinés au monde agricole, a finalisé fin 2024 l’acquisition de Sencrop, start-up spécialisée dans les solutions météorologiques et d’irrigation connectées aux parcelles.

Une conjoncture économique défavorable

Le secteur agricole est impacté par une conjoncture économique défavorable. Même si les prix du gaz et de l’électricité pour les entreprises étaient à la baisse au premier semestre 2024,  ils restent élevés. L’année 2024 a été particulièrement difficile en raison des aléas climatiques avec des températures et des précipitations élevées. Ces facteurs ont un impact sur les coûts de production et les agriculteurs sont donc à la recherche de solutions pour maintenir leur productivité et leurs revenus.

Cependant même si les agriculteurs sont en recherche générale de nouvelles conditions difficiles pour les agriculteurs 2024 ont rendues difficiles l’expérimentation et le test de produits ou de solutions dans les exploitations.

Le sujet de la réglementation

A cela s’ajoutent les problèmes de réglementation. Certaines startups sont contraintes de se développer en priorité à l’international et ne peuvent commercialiser leurs produits en France car les autorisations n’ont pas encore été accordées. C’est le cas d’Agriodor qui développe un produit dont l’odeur naturelle fait fuir les insectes ravageurs des cultures et qui sert d’alternative aux insecticides ou encore de la startup Alpha Chitin qui développe des molécules bio-sourcées à base de chitine et du chitosane (molécules présentes dans la carapace de certains crustacés et insectes) permettant de remplacer le plastique et certains produits chimiques.

Des besoins de financement spécifiques

Antoine Hubert Président de Start-Industrie et Vice-Président la Ferme Digitale expliquait dans un entretien que : « beaucoup de sociétés innovantes rencontrent des problèmes de trésorerie. Le secteur de l’Agritech et Foodtech est particulièrement touché par la hausse des coûts des matières premières et de l’énergie. Cela impacte fortement la rentabilité des entreprises et rend plus difficile les levées de fonds ».

En raison de ses spécificités, l’écosystème Agritech et Foodtech a besoin des fonds d’investissement spécialisés. Ces investisseurs doivent être capables de comprendre les fondamentaux du secteur notamment le sujet de la réglementation qui reste encore floue dans certains domaines, de cycles d’expérimentation plus longs que dans d’autres secteur et d’une plus forte dépendance aux coûts des matières premières.

1️⃣ La majorité (44%) sont des fonds d’investissement, principalement de capital-risque.

2️⃣Puis viennent Les business angels et les plateformes de crowdfunding qui représentant 27%,

3️⃣Les structures publiques, principalement Bpifrance mais aussi des structures régionales, comptent pour 19%.

4️⃣Enfin, les banques d’investissement et les fonds d’entreprises représentent respectivement 6% et 4%.

Les investisseurs ayant une verticale dédiée à l’AgriFoodtech ne représentent que 27%. Parmi ceux ayant investi en 2024 figurent Demeter, Astanor Ventures, Clay Capital, Sparkfood, Big Idea Ventures, Liberset et ECBF.

On constate qu’aujourd’hui le nombre de ces acteurs reste perçu comme insuffisant pour soutenir l’innovation. Or ils constituent souvent la première porte d’entrée pour des start-ups qui cherchent à lever des fonds.

Quelles sont les attentes des investisseurs l’Agritech et de la Foodtech ?

Les investisseurs en capital-risque dans le secteur de l’Agritech et de la Foodtech ont des attentes historiques claires vis-à-vis des start-ups :

✅ innovation technologique permettant d’améliorer les pratiques agricoles

✅ solutions démontrant un impact environnemental prouvé

✅ business model économiquement viable et scalable

✅ capacité à nouer des partenariats stratégiques avec des acteurs clés de l’industrie

✅ équipe dirigeante de qualité emmenée par des co-fondateurs complémentaires ou facteurs de preuves scientifiques et commerciales.

Le niveau d’exigence de la part des investisseurs semble avoir augmenté et d’autres facteurs viennent s’ajouter, Eric Marty, Managing Partner chez Demeter cite par exemple les facteurs suivants :

✅ une trajectoire de rentabilité plus rapide

✅ une croissance mieux maîtrisée avec un taux de burn rate plus faible

✅ un bon usage du cash

✅ un potentiel d’expansion européenne ou internationale

A ces facteurs on peut ajouter également :

✅ une équipe solide et expérimentée

✅ pour les start-ups de biotech / deeptech : des solutions brevetées et testées sur plusieurs années

Quels sont les principaux défis rencontrés par les startups?

En 2024, certaines start-ups ont fait face à un contexte plus difficile. Certains de ces facteurs sont structurels et propres au secteur, d’autres sont plus liés à la conjoncture économique ou météorologique.

Défis rencontrés par les startups Agritech et Foodtech en 2024 :

❌ rendements jugés insuffisants pour les exploitants agricoles

❌ difficultés financières

❌difficultés de mises en œuvre des solutions sur le terrain

❌cycle allongé pour trouver des débouchés commerciaux

❌La difficulté à recruter de bons profils expérimentés

Conclusion

De manière générale les fonds d’investissement tendent donc désormais à être plus prudents et préfèrent des projets moins risqués. Les start-ups industrielles qui nécessitent des capitaux importants ne sont plus la priorité. Les investisseurs privilégient les business rentables ou les reprises d’activités existantes permettant d’innover de l’intérieur et de nouer des partenariats. En termes de domaines d’activité, les secteurs des biosolutions, des intrants alternatifs de la robotique et de l’automatisation sont ceux qui connaissent la plus forte croissance tandis que ceux de la nutrition et des protéines alternatives reculent.

Sources :

1) Les levées de fonds de l’Agritech et de la Foodtech en France en 2024.KPMG. Février 2025.

Agritech et Foodtech : des levées de fonds en baisse à 315 millions d’euros en 2024 

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